Définition et contexte
Qu’est-ce qu’un atelier de misère ?
Un atelier de misère est une usine ou un atelier de production où les normes fondamentales du travail ne sont pas respectées. Les conditions de santé et de sécurité y sont déficientes, les heures supplémentaires excessives, les salaires misérables, l’organisation collective des travailleuses et travailleurs combattue et les abus et le harcèlement fréquents. On retrouve de tels ateliers surtout dans les pays du Sud, souvent dans des zones franches, c’est-à-dire des zones délimitées où les gouvernements en place offrent des infrastructures gratuites, des exemptions de taxes et n’imposent aucune norme sociale et environnementale. Il n’y a pas non plus de syndicats libres dans ces zones. Mais des ateliers de misère existent également au Nord, notamment au Québec. C’est un secteur non visible de l’industrie où travaillent majoritairement des femmes, souvent des travailleuses à domicile et des immigrantes sans papiers.
Pourquoi ces ateliers existent-ils ?
Des ateliers de misère existent depuis la nuit des temps et dans tous les coins de la planète… L’amélioration des conditions des travailleurs et des travailleuses est le résultat direct des luttes syndicales menées au cours du siècle dernier. C’est grâce à la détermination et à la conviction de plusieurs milliers d’hommes et de femmes que les populations des pays du Nord peuvent aujourd’hui bénéficier de meilleures conditions.
Mais la lutte est loin d’être gagnée. Avec l’apparition du phénomène de la mondialisation des économies, nous avons assisté à la signature de plus en plus courante d’accords de libre-échange qui permettent la déréglementation de pans entiers de l’économie mondiale. Ainsi, sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au cours des dernières décennies, les pays signataires d’accords commerciaux internationaux se sont entendus pour faire disparaître progressivement les quotas, tarifs et autres réglementations commerciales qui protégeaient certaines industries, notamment l’industrie du vêtement.
De fait cette industrie, considérée fragile, a été l’une des dernières à être déréglementée. Ce n’est qu’en 1995 que l’OMC se donnait un délai de 10 ans pour éliminer complètement les mesures de protection nationale. Désormais, les accords commerciaux permettaient aux industriels de délocaliser leurs entreprises là où les coûts de production étaient les plus bas.
En conséquence, des dizaines de milliers d’emplois, dont la qualité s’était difficilement améliorée au cours du 20e siècle, ont été perdus au profit d’emplois de piètre qualité qui sont apparus dans des pays offrant des conditions de travail inacceptables. Dans plusieurs de ces pays, par exemple en Chine ou au Myanmar, l’abus des droits des travailleurs est systémique, notamment à l’égard de la liberté d’association et du droit de négociation collective.
Et au Québec ?
Au Québec, l’abus des droits n’est pas systémique mais on soupçonne qu’au cours des dernières années, la pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail s’est traduite par l’apparition et la multiplication des ateliers de misère. C’est maintenant connu : certaines chaînes de production aboutissent dans des ateliers illégaux ici même au Québec ainsi que dans le reste du Canada. De plus en plus de personnes, en majorité des femmes issues de l’immigration récente, se trouvent dans des situations de précarité et sont exploitées par des entrepreneurs peu scrupuleux. Travailleuses en atelier ou travailleuses à domicile, leurs droits ne sont pas respectés. Notons également que les ateliers de misère se trouvent désormais dans de nouveaux secteurs. Les agences de placement et les maisons de sondage sont réputées pour offrir des conditions de travail similaires à ce qu’on retrouvait autrefois uniquement dans le secteur du vêtement et du textile.
Pour en savoir plus…
Un fournisseur de Nike est accusé de bafouer la liberté d’association au Honduras (2007-12-04)
D’après le National Labor Committee (NLC), plus de 70 employés de Star, S.A. ont été congédiés pour avoir tenté d’exercer leur droit de former et de joindre un syndicat; Star est un fournisseur de Nike, de la National Football League (NFL) et d’Anvil Holdings.
L’enquête qui a fait plier Gap (2007-10-31)
Dans son édition du 28 octobre, l’hebdomadaire britannique The Observer révèle que des sous-traitants indiens du géant américain du prêt-à-porter font travailler des enfants. La firme de San Francisco a dû renoncer à vendre sa dernière collection de vêtements pour enfants.


